"Meknes Annonces
Connexion    
S'enregistrer
Proposer une annonce
Sélectionner la rubrique :
Micro Planete Negoce
Lien Sponsorisé

Société : Affaire « Al Massae »

Posté par admin le 7/4/2008 14:44:33 (109 lectures) Articles du même auteur

Avec la condamnation d’« Al Massae » à des dommages et intérêts d’un montant global de six millions de Dirhams, ce n’est plus seulement la publication arabophone ou son directeur et chroniqueur, Rachid Nini, qui sont au centre du débat. C’est toute la problématique actuelle de la presse marocaine.

LE 25 mars dernier, le tribunal de première instance de Rabat a condamné le quotidien en langue arabe « Al Massae » à verser six millions de dirhams (545.000 Euros) de « dommages et intérêts » aux quatre substituts du procureur qui avaient porté plainte contre ce titre pour diffamation. Le directeur de la publication Rachid Nini a été condamné, pour sa part, à verser une amende de 120.000 dirhams au Trésor.

L’affaire remonte à la mi-novembre dernier, lorsque « Al Massae » avait publié des articles incendiaires sur un pseudo-mariage gay organisé à Ksar El Kébir. Mariage dont quelques images avaient fait le tour du monde, via le site youtube. Aux articles d’« Al Massae », à la curiosité populaire, s’était ajoutée une bruyante indignation du parti islamiste -le PJD- qui s’était traduite en un activisme inédit de ses représentants locaux. L’histoire avait tourné à la surchauffe populaire et, prêches de prédicateur aidant, à l’émeute et à des actes de vandalisme... Les prises de position d’« Al Massae » avaient été si radicales qu’elles lui avaient valu d’épiques passes d’armes avec quelques uns de ses confrères qui s’étaient élevés contre le lynchage des homosexuels et reprochaient au quotidien arabophone à grand tirage d’avoir jeté de l’huile sur le feu.

Quelques semaines plus tard, en février, c’était au tour des quatre substituts du procureur de Ksar El Kébir de déposer une plainte contre Nini auprès du tribunal de 1ère instance de Rabat au motif que l’un d’entre eux, nommément cité, avait été qualifié de pervers sexuel. Le verdict du tribunal jette à nouveau une lumière crue sur l’affaire, la transformant en une affaire d’Etat, par conséquent évoquée à l’échelle internationale. Les projecteurs n’étant pas braqués, cette fois-ci, sur les faits en eux-mêmes, mais sur la lourde condamnation.

Ce n’est pas tant que la profession dans son ensemble défende la ligne éditoriale d’« Al Massae » - loin s’en faut - mais la condamnation du titre à des dommages et intérêts qui atteignent ces sommets vertigineux relance (avec force) le débat sur les trois acteurs de cette affaire : la presse, la justice et le gouvernement. Que veut la presse ?

Toute la presse ne soutient donc pas la ligne éditoriale d’« Al Massae ». Bien au contraire. Le populisme caractéristique de ce journal qui exploite exagérément les niches de colère populaire - et qui permet, ce faisant, de gros chiffres de tirage - irrite, même... Mais, pour la profession, la sentence prononcée contre le quotidien de Nini atteint définitivement la cote d’alerte. Il est vrai que la presse qui voyait, à une certaine époque, nombre de journalistes envoyés en prison pour faute commise dans l’exercice de leurs fonctions, avait elle-même demandé que les peines privatives de liberté soient remplacées par des condamnations financières lesquelles laisseraient les journalistes libres, mais leur donneraient à réfléchir.

Avec les condamnations financières, les journalistes ne seraient pas emprisonnés pour délit d’opinion ; la liberté d’expression, pas plus que l’image du pays, ne seraient pas indûment écornées ; et les garde-fous contre les excès médiatiques (diffamation, atteinte à la vie privée...) seraient préservés. Cependant, ces condamnations sont allées crescendo, atteignant des sommes incroyablement élevées. Des sommes sans aucune commune mesure avec la faute commise.

La profession se mobilise donc contre ce qu’elle considère comme une nouvelle tendance... Qui donne dans la démesure. Une tendance qui devient contre-productive pour deux raisons au moins. D’abord, elle n’atteint pas son objectif de "discipliner la presse". Au contraire, tout journal incriminé pour une faute souvent réelle, devant la condamnation excessive, crie au procès politique et les opinions publiques nationale et internationale en oublient complètement la faute pour ne s’attacher qu’à l’aspect politique. Ensuite, les pseudo-procès politiques, qu’ils le soient réellement ou pas, mettent systématiquement le pays - et non plus le journal - au centre du débat.

La Justice... Encore elle !

Pour ce qui est de la justice, le problème est simple. Chaque fois qu’elle rend un verdict qualifié de disproportionné, particulièrement dans les procès concernant la presse, l’accusation est immédiate : elle est déclarée "aux ordres", donc partiale et inique. Ses verdicts ne sont plus considérés comme des sentences judiciaires, mais comme des décisions politiques. Certains vont plus loin et considèrent que la Justice compte dans ses rangs un certain lobby qui se vengerait de la presse pour ses constantes accusations de corruption et chercherait donc à la museler.

Dans leur conférence de presse, les responsables d’« Al Massae » ont d’ailleurs longuement développé cet argument. Mais ils ont aussi souligné que c’est le même juge qui a statué ces dernières années dans les affaires les plus médiatisées de la presse, expliquant par là que ce juge était tout simplement choisi par les autorités politiques et leur était donc assujetti.

Ce qui confirme cette impression de dépendance totale au pouvoir politique (et devient même une preuve aux yeux de l’opinion publique internationale), ce sont tous ces procès qui ne suivent pas leur cours normal. Certains sont indéfiniment repoussés, tandis que d’autres sont exceptionnellement accélérés. Tout cela sans raison logique.

Outre ces anomalies et le trop fréquent déséquilibre entre le préjudice subi et la sanction infligée, ce qui est encore reproché à la Justice, c’est d’empêcher - par ses « à-coups » et ses signaux désordonnés - que se construise une jurisprudence digne de ce nom en matière de presse. D’où la revendication de la profession, consistant à réclamer des tribunaux spécialisés dans les affaires de la presse.

En attendant, la Fédération des Editeurs de journaux (FMEJ), dont le bureau s’est réuni cette semaine, se propose, au moins, d’organiser des journées de réflexion auxquelles elle inviterait le corps de la magistrature et l’ordre des avocats afin d’effacer les a priori, de part et d’autre.

Et le gouvernement dans tout cela ?

Reste le gouvernement. Il n’est aux affaires que depuis 6 mois, aussi ne montre-t-il aucun empressement à s’attaquer au dossier de la presse. Lors d’un dîner auquel il avait invité les responsables des media nationaux, le Premier ministre Abbas El Fassi avait clairement expliqué que le gouvernement précédent était pressé de réformer le code de la presse parce qu’il espérait boucler ce chantier et le mettre à son actif avant la fin de son mandat.

Mais que ce gouvernement avait tout son temps. Abbas El Fassi avait cependant ajouté qu’il attendait que le ministre de la communication, Khalid Naciri, lui prépare le terrain. Une réunion récente du ministre (il y a dix jours) et de son équipe avec la FMEJ et le syndicat de la presse a évoqué le sujet. Dans cette réunion tripartite (que Khalid Naciri a dû quitter avant la fin pour aller au conseil de gouvernement sans pouvoir donc décider de cette question), le code de la presse n’a finalement pas été placé en tête des priorités.

Il est pourtant urgent de rouvrir le dossier et de relancer les négociations sur le code de la presse, afin d’arriver à trouver une solution intelligente à tous les problèmes qui se posent à la presse.

La profession a beaucoup d’idées. Il suffit qu’il y ait volonté politique d’avancer...

Or, depuis quelques mois, cette profession qui voudrait que les questions relatives à son secteur soient étudiées dans la sérénité et non dans l’urgence, désespère de les voir reprendre leur (première) place dans l’ordre des priorités. Le point de vue qui devient de plus en plus audible est qu’il faudrait sans doute attendre que le Souverain monte au créneau et décide d’accélérer les choses pour qu’elles le soient...

Bahia Amrani
Le Reporter

Note: 0.00 (0 votes) - Noter cet article -
Espace Annonceur
Votre Cv En Ligne
Liens Sponsor

Mozilla Firefox

Design Media